Mais le pouvoir est sourd aux masses. Diesel à 2,50 €, lycées insalubres, apartheid universitaire (parcours-sup), chômage et pauvreté, retraite à 100 ans, des milliards à la guerre…
Alors quand le soir descend, que l’atmosphère obscure enveloppe la ville, que des mortels deviennent multitude vile, la douleur ne se fait plus sage1 car tous ceux qui sont là sont des misérables. De là naît l’émeute.
Il faut alors relire Hugo qui permet de comprendre le fond de l’évènement en laissant sa surface aux plateaux télé des Bolorré-Saadés et consorts.*
En « surface » nous dit Hugo2, l’émeute se compose de « rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte.
Où ?
Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres.
Les convictions irritées, les enthousiasmes aigris, les indignations émues, les instincts de guerre comprimés, les jeunes courages exaltés, les aveuglements généreux ; la curiosité, le goût du changement, la soif de l’inattendu, le sentiment qui fait qu’on se plaît à lire l’affiche d’un nouveau spectacle et qu’on aime au théâtre le coup de sifflet du machiniste ; les haines vagues, les rancunes, les désappointements, toute vanité qui croit que la destinée lui a fait faillite ; les malaises, les songes creux, les ambitions entourées d’escarpements ; quiconque espère d’un écroulement une issue ; enfin, au plus bas, la tourbe, cette boue qui prend feu, tels sont les éléments de l’émeute.
Ce qu’il y a de plus grand et ce qu’il y a de plus infime ; les êtres qui rôdent en dehors de tout, attendant une occasion, bohèmes, gens sans aveu, vagabonds de carrefours, ceux qui…
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