Les rendez-vous de l’histoire de Blois ont pour thème cette année : la ville. C’est l’occasion de mettre en avant l’enquête consacrée par Raphaëlle Guidée à la ville de Detroit dans son essai « La ville d’après/Detroit une enquête narrative » paru aux éditions Flammarion. La ville a été érigée en symbole de la crise économique de l’industrie automobile des États-Unis au milieu des années 2010. Les reportages et travaux photographiques sur la ville à l’abandon se sont multipliés. Dans son ouvrage, Raphaëlle Guidée décrypte cette fascination exercée par la ville du Michigan sur de nombreux artistes, devenue une sorte de symbole d’un possible effondrement, aux réalités sociales et économiques complexes. Nous avons choisi de publier un extrait du chapitre intitulé « Detroisploitation ».
Les photographies d’Yves Marchand et Romain Meffre offrent une figuration contradictoire de la crise, entre documentation d’un processus historique catastrophique et expérience de pensée apocalyptique. D’une part, leurs images montrent l’effondrement de l’utopie fordiste : ce n’est pas le capitalisme qui prend fin à Detroit, mais un certain âge de la société industrielle, vers lequel on peut se tourner avec horreur ou nostalgie. La dévastation méthodique de la beauté du monde par la grande accélération fordiste – qui fait dire au narrateur de Trois fermiers s’en vont au bal (Richard Powers) que « l’expression “paysages de Detroit” [lui] a toujours paru aussi antinomique que “tumeur bénigne” » – devient sublime sous le regard mélancolique de ceux qui l’envisagent, maintenant qu’elle semble appartenir au passé, comme un patrimoine à préserver. D’autre part, les images des bâtiments déserts représentent cette fin du fordisme comme la fin du monde : après la fermeture des usines, il n’y a rien que des ruines. Et l’apocalypse, contrairement aux projections mythiques…
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Auteur: Raphaëlle Guidée, Professeure de littérature comparée à l’Université Paris 8, Université Paris 8 – Vincennes Saint-Denis

