Les révolutions annoncées de la blockchain et du métavers ont fait pschitt. Dans les secteurs de la culture et de la création, celle de l’IA générative semble plus profonde. Les productions des outils qui exploitent cette technologie peuvent déjà bluffer un jury dans un festival d’art ou proposer des visuels très pertinents dans une campagne de communication pour un spectacle.
Les entreprises et créateurs se les approprient à vitesse grand V, tandis que les représentants des industries culturelles et créatives crient au loup ou fourbissent leurs armes pour lutter contre la vague qui s’annonce.
Les créateurs vont-ils être remplacés par des machines ?. Les travailleurs de la création vont-ils être condamnés à la paupérisation ? Les outils qui s’appuient sur des corpus considérables d’œuvres existantes pour en générer de nouvelles enfreignent-ils le droit d’auteur ? La diversité culturelle est-elle menacée ?
Sélections successives
S’il est audacieux de faire des prédictions sur l’avenir qu’est en train de nous générer l’IA, il peut être utile de poser les éléments du débat.
D’abord, il faut rappeler que générer une œuvre n’a en elle-même aucune valeur tant qu’elle n’est pas reconnue comme telle. ChatGPT, Midjourney, Dall-E et consorts sont capables de créer des œuvres à la façon des Beatles ou de Rembrandt ? Bravo à eux ! Leurs créations vont pouvoir rejoindre les millions de propositions qui sont générées chaque année par des équipes d’humains, à partir desquelles un processus de sélection progressif fera émerger quelques œuvres qui obtiendront une forme de consécration. Toutes les industries créatives fonctionnent dans une logique de génération d’abondance et de sélections successives – édition, curation, recommandation… – qui mobilisent de nombreux intervenants. La sélection cardinale est faite par celui qui est reconnu comme le créateur, dans un…
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Auteur: Thomas Paris, chercheur en gestion, management de la création, HEC Paris Business School

