Déborder la carte : pour une médiance insurgée

Les interdictions désormais systématiques de défiler dans les centres-villes sont bien évidemment des mesures sécuritaires visant à maintenir un ordre chancelant. Hortense Gauthier propose ici d’analyser,en géographe, la façon dont la ville se reconfigure depuis quelques semaines. C’est-à-dire la manière dont notre rapport existentiel à l’espace se déplace.

Le corps de Paris a été percé de grandes artères par le Baron pour maitriser les foules et faire circuler la troupe, on le sait. Dans un XIXe siècle de révolution, foules et troupes ont déterminé l’urbanisme du contrôle. Mais d’Haussmann au Grand Paris, la capitale est aussi restée celle des barricades, de la Commune à 1968, jusqu’à celle des trottinettes en feu.

Automne 2026, suite à une journée et une nuit de grande manifestation incrémentée de danses émeutières, de désarmements des vitrines et de pillages redistributifs, dans la suite d’un mouvement lycéen et étudiant, un président déclare :  « La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir. Les gens qui veulent continuer à manifester, quand ce sont des organisations syndicales, les préfets proposeront des tracés alternatifs. Quand ce ne sont pas des organisations syndicales, partout où on le peut, on interdira »

En province, de nombreuses villes ont interdit toute manifestation en centre-ville le samedi suivant, 24 octobre : Lyon, Marseille, Limoges, Angoulême, Montpellier, Nice, Toulon, Perpignan …

À Paris, le traditionnel trajet Bastille-Nation est refusée, et la manifestation autorisée renvoyée à suivre le périphérique, de porte d’Italie à Porte de Vincennes.

La veille encore, on se demandait : allons-nous aller à Bastille quand même ? Allons-nous nous faire nasser et gazer avant même le début de la manifestation, comme à République, et dans une quinzaine de grandes villes sur tout le territoire du pays le…

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Auteur: dev