« Déborder l’anthropologie » au Quai Branly : leçons de trois femmes noires, artistes et militantes

Il m’aura fallu me perdre dans les couloirs ocre du Musée du Quai Branly pour trouver l’escalier conduisant à l’Atelier Martine Aublet, un espace modulable conçu comme un « cabinet de curiosité » pour accueillir « des installations en lien avec la vie des collections, dans une forme permettant de créer des événements inattendus et décalés par rapport à la programmation du musée ».

Nichée sur une mezzanine centrale surplombant « les 3 500 œuvres des collections permanentes », donc propice à la méditation sur la discipline anthropologique ayant largement participé à la constitution de celles-ci, se trouve justement présentée jusqu’au 12 mai 2024 l’exposition « Déborder l’anthropologie. Zora Neale Hurston, Eslanda Goode Robeson et Katherine Dunham ».

Sa commissaire, Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives et de la documentation des collections à la médiathèque du Musée, dresse à l’aide de multiples documents imprimés, sonores et visuels, les portraits de trois femmes africaines-américaines formées à l’anthropologie aux États-Unis et en Angleterre entre 1920 et 1930, et ayant chacune développé une pratique artistique et militante intenses en lien avec leurs recherches sur le continent africain et ses diasporas en Amérique du Nord et dans les Caraïbes. Au-delà de l’originalité des parcours de ces trois figures féminines et noires scientifiques, artistiques et politiques, et de la puissance à la fois des recherches et des œuvres qu’elles ont pu produire, cette exposition invite à repenser la discipline anthropologique dans son rapport à l’altérité et sa prise en compte de la positionnalité du chercheur ou de la chercheure sur son terrain.

« Chausser les lunettes de l’anthropologie »

D’abord, chacune à leur manière, Z. Neale Hurston, E. Goode Robeson et K. Dunham se sont réappropriées l’anthropologie, non pas comme une science de l’altérité radicale,…

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Auteur: Emilie Guitard, Chargée de recherche en anthropologie au CNRS, Université de Bordeaux