Jean-Luc Nancy est mort lundi dernier à Strasbourg. Philosophe et écrivain, il a, parmi de nombreux autres chantiers, tenté de penser la place et le sens de la communauté après la fin des grands récits. Chez Nancy, la communauté est désoeuvrée : il n’y a pas lieu de faire du commun une oeuvre, de fabriquer des communautés ou du commun. D’ailleurs, vers la fin de sa vie, et on en retrouve la trace dans cet entretien, il proposait même d’abandonner la notion de communauté pour celle de commune, moins identitaire, plus ouverte. Pour honorer sa mémoire, nous republions ici un entretien que nous avions réalisé avec lui avant l’élection présidentielle de 2017 et qui garde toute son actualité. Nous publierons aussi dans la journée, la traduction d’un très bel et juste hommage rédigé par Adrian Wohlleben.
Merci à Frédéric Neyrat pour l’illustration d’entête.
« Le vote n’est pas une parole. En aucun sens. »
Entretien avec Jean-Luc Nancy
Lundimatin : Par le passé, vous distinguiez la politique (au sens de politique-politicienne) et le politique (comme sphère intégrée à la vie). Il semble que vous soyez récemment revenu sur cette distinction. Par quelle chemin proposez-vous de sortir de cette alternative ?Jean-Luc Nancy : Pourquoi ? d’abord parce qu’il m’avait semblé, comme à beaucoup et avec de nombreux camarades , nécessaire d’utiliser le masculin « le politique » pour désigner une essence ou une vérité de l’existence commune. Or dans le même temps (il y a environ 40 ans) il devenait toujours plus clair que l’action politique, quels que fussent ses acteurs, devenait inconsistante, de plus en plus enserrée dans un ordre techno-économique qui lui enlevait sa portée. La langue inventait l’expression ahurissante de « politique politicienne ». Dirait-on la « cuisine cuisinicienne » pour désigner ce qu’on mange dans un fast-food ?
Je ne propose pas de sortir de l’alternative, mais de mettre à plat la question : entre une idée de la cité (polis) et une technique de gouvernement (archie ou cratie) faut-il évacuer les deux ? une seule ? laquelle ? ou bien changer complètement de registre ?
LM : Vous dites aussi qu’il y a encore besoin de la politique, qu’entendez-vous par là ? N’est-ce pas revenir à une définition trop restreinte et non-critique de la politique comme simple sphère de la justice et du pouvoir ?JLN : Oui, la sphère de la justice et du pouvoir – le « et » fortement conjonctif autant que possible – car…
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Auteur: lundimatin

