Bure (Meuse), reportage
Rares sont les opportunités de voyager dans le temps profond. Sauf quand on traverse les couches géologiques qui doivent accueillir des déchets de l’industrie nucléaire. C’est à Bure, dans la Meuse, que doit être construit le futur site d’enfouissement des déchets radioactifs, baptisé Cigéo. Reporterre a pu se rendre dans cet endroit ultrasécurisé, qui ne contient aucun déchet à ce jour. L’occasion de faire le point sur l’avancée de ce projet qui pose énormément de questions techniques ainsi qu’éthiques, voire philosophiques. Et sur les (faibles) freins qu’activent encore les associations antinucléaires. Il y a urgence : la descente des premiers colis radioactifs — au moins 83 000 m3 de déchets doivent y être enfouis — aura lieu à partir de 2035-2040.
On y trouve pour l’instant le laboratoire de recherche de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Pour y accéder, compter six minutes d’enfoncement dans les strates de marnes, de calcaire et d’argilite (mélange d’argile et de quartz) pour remonter à plusieurs millions d’années.
C’est à 490 mètres sous terre, dans le ventre d’une roche sédimentée depuis 160 millions d’années, que les recherches se poursuivent pour savoir si la zone pourra contenir la toxicité de nos déchets les plus radioactifs pendant des milliers d’années. L’option retenue en France pour les déchets radioactifs issus du retraitement des combustibles usés est en effet l’enfouissement géologique profond pour une mise en service aux alentours de 2035-2040, avec une période de réversibilité — le trou sera définitivement fermé aux environs de 2150, voire 2190, selon la relance du parc nucléaire en France.
Un site déclaré d’intérêt national
Le laboratoire, qui ne contient encore aucun déchet, est un entrelacs de 2,3 kilomètres de tunnels et de galeries creusés dans une poche d’argilite d’environ 150…
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Auteur: Laure Noualhat

