Décolonisons-nous ! Un extrait du livre de Frank Lao

Nous sommes heureux·ses de proposer des « bonnes feuilles » du livre Décolonisons-nous de Frank Lao, qui vient de paraître aux éditions JC Lattès.

« Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale des réalités. »

Colette Guillaumin

J’ai perdu mon père à l’âge de neuf ans en 1993. L’État l’a tué. Il l’a assassiné. Si mon père n’était évidemment pas que ça à mes yeux, c’est en victime d’un des plus grands scandales sanitaires de la fin du XXe siècle qu’il a quitté ce monde : l’affaire du sang contaminé par le VIH. Survenue dans les années 1980, cette crise majeure a révélé la responsabilité de l’État dans l’absence de contrôle de la conformité des produits sanguins destinés à la transfusion. Un besoin en sang dû à une anémie passagère a été pour lui une condamnation à mort, qui s’est prolongée presque une décennie. J’en ai été le premier témoin. Il sera très souvent fait référence à ces premières années de vie et à la mort de mon père, car cette période a hanté et hante encore mon existence.

Propulsé dans le monde des adultes, auxiliaire de vie à ses côtés puis orphelin, j’ai été un enfant sans enfance, puis un adolescent en colère, des questions sans réponses plein la tête. Il m’a fallu des années pour accepter la tragédie que j’avais vécue, apprendre à vivre avec cette rage sans cher‑ cher à l’enfouir, l’apprivoiser pour coexister avec, puisqu’elle ne s’évanouirait jamais. On tente sans relâche de comprendre pour quelles raisons et à quel moment on a quitté les sentiers d’une certaine normalité, mais aucune logique à ça. C’est ce qui caractérise l’injustice : se demander obsessionnellement « pourquoi » sans jamais trouver de réponse satisfaisante. Puis progressivement, au gré des recherches,…

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Auteur: redaction