« Souveraineté économique ». En cette période d’élections européennes, l’expression revient très volontiers, qu’elle soit appliquée à l’échelle du pays ou du continent. Ici, le gouverneur de la banque de France appelle à « muscler notre souveraineté économique européenne » ; là, un député Renaissance affirme que « l’attractivité de notre pays doit être mise au service de notre souveraineté économique » ; les Républicains reprennent le terme dans leur programme…
Rhétoriquement, la formule parait bien pratique : difficile d’être contre l’idée. Elle est ainsi de plus en plus utilisée qu’il s’agisse de justifier des formes de protectionnisme, des politiques de réindustrialisation ou encore un contrôle des investissements. On a eu pendant un moment une autre obsession, celle de la « compétitivité ». Paul Krugman, « Nobel » d’économie 2008, l’avait fortement critiquée, comme un simple synonyme enjolivé de « productivité ».
Mais qu’entend-on véritablement par « souveraineté économique » ? On se représente assez bien ce qu’est la souveraineté lorsqu’elle est politique, l’exercice d’un pouvoir régalien sur un territoire. La définition de la souveraineté « économique » semble plus fluctuante selon qui utilise l’expression. Telle est la question à laquelle j’ai consacré un ouvrage.
Une nouvelle obsession
L’association du nom « souveraineté » avec l’adjectif « économique » est récente et découle vraisemblablement de la perception de vulnérabilités économiques au moment de la pandémie liée au coronavirus puis de la crise énergétique. On pouvait alors avoir l’impression que l’ordre économique mondial n’était maîtrisé que par quelques pays qui avaient la main sur des productions clés et qu’il fallait combler ce déficit de maîtrise de productions que l’on juge nécessaires ou stratégiques.
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Auteur: Sarah Guillou, Directrice, département Innovation et concurrence à l’OFCE, Sciences Po

