Défendre la ville et le cinéma La Clef

Depuis lundi 24 janvier, le cinéma occupé La Clef est sur le pied de guerre, ouvert de 6h à 23h, des centaines de soutiens affluent pour décourager une éventuelle tentative d’expulsion par les forces de l’ordre. Despotique, l’économie dévore la ville, elle écrase, chasse et efface jusqu’à l’oubli. Louise Chennevière nous a confié ce texte, il y est question de ne rien oublier et plutôt logiquement, de ne pas tout pardonner.

La ville s’absente. La ville manque, résiste. Elle se retire quelque part, non, elle est chassée j’allais dire lentement mais sûrement mais ce ne serait pas juste, c’est de plus en plus vite. Ces deux dernières années bien sûr ont été des catalyseurs, des accélérateurs de destruction de la ville. Parfois il semble même qu’il n’en reste plus grand-chose. Que la ville n’est plus rien qu’un vaste marche ou crève, travaille et consomme, que tout va trop vite pour nous, que tout y est trop cher. Ces deux dernières années donc. Avec leurs lots de restrictions à l’allure de punitions, toute la solitude accumulée au sein même de nos villes, nos existences trop longtemps séparées, les corps, les possibles annulés, toutes les luttes collectives rongées, la morosité qui n’est plus un état d’exception mais s’installe, s’inscrit au plus profond des têtes. Le sentiment aussi que l’imprévu, le hasard ne sont plus, qu’ils ont enfin, petits cailloux dans la chaussure d’un système bien huilé, été annulés. Tout le temps partout il faut prévoir à l’avance, programmer, réserver en ligne, s’enregistrer, confirmer, se faire scanner. Le monde se rétrécit, on se replie sur les cercles intimes, sur soi, on perd l’habitude de ne pas avoir d’habitudes, de se laisser emporter, dériver. L’imprévu, le hasard, la surprise, une possible rencontre au coin d’une rue, cette altérité qui nous sort de nous-mêmes, nous bouscule, nous émeut, nous révolte parfois, c’est cela, je crois, le cœur d’une ville qui vit, et c’est pour cela que nous sommes prêts à accepter ses duretés même.

Mais quand cela disparait, quand la ville se transforme en dortoir pour travailleurs, des plus précaires épuisés par des cadences infernales, (il faut avoir vu tard la nuit ce livreur à vélo électrique tomber, se déboiter l’épaule, hurler de douleur et refuser d’appeler les secours de crainte qu’on ne l’embarque) aux plus privilégiés (ces privilèges qu’au demeurant, nous leur laissons) ravis de rentrer se poser devant une bonne série Netflix en…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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