Nous, humains, sommes les incarnations récentes et singulières d’une histoire commune du vivant. Une odyssée longue de plus de 3,8 milliards d’années, au cours de laquelle les formes de vie n’ont cessé de se différencier sans jamais cesser d’être liées. Des sources aux nuages, des glaciers jusqu’à l’océan, l’eau rend cette interdépendance sensible. Elle circule entre les corps et les milieux, entre l’amont et l’aval. Là où les nations tracent des frontières, l’eau relie les peuples. Elle nous habite sans nous appartenir.
Notre existence ainsi que notre santé dépendent d’innombrables autres existences.
Car ce ne sont pas les humains qui rendent le monde habitable. Notre existence ainsi que notre santé dépendent d’innombrables autres existences. Notre liberté elle-même repose sur des relations que nous n’avons pas choisies et dont nous ne pouvons nous extraire sans nous meurtrir. Reconnaître cette interdépendance ne nous diminue pas ; elle nous révèle au contraire comme des êtres capables d’affecter et d’être affectés.
Une certaine vision du monde, érigée par la culture occidentale en modèle universel, s’est construite sur une fiction inverse : celle d’un être humain capable de s’arracher à la terre. L’eau est alors devenue ressource, marchandise, service. Mais un fleuve ne peut être réduit à une voie de transport, une rivière à une source d’énergie, ni l’eau à une ressource à partager. Nous en voyons aujourd’hui le résultat : des peuples et des milieux fracturés, déroutés ; des eaux accaparées ou polluées ; des continuités rompues ; des communautés vivantes empêchées.
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Ce que…
Auteur: Collectif
