Gustave Doré, illustration pour « La Divine Comédie » de Dante Alighieri, Inferno, chant XXVI
La fosse des mauvais conseillers. « Le maître, qui me vit attentif, me dit : « Dans ces feux, il y a des âmes, et chaque âme se revêt du feu qui la brûle. » »
Assemblée Nationale, Commission d’enquête sur la souveraineté numérique. On auditionne Arthur Mensch, fondateur et patron de Mistral AI — notre champion national. Nombre de députés présents, hors la commission elle-même : 1. La presse s’en émeut (« sur un sujet si important »), oublie de rapporter que l’unique député présent est LFI (c’est Arnaud Saint-Martin), on n’est plus à ça près. Donc Arthur Mensch : notre ultime espoir, notre sauveur, si Intelligence artificielle (IA) il y a en France, ce sera par lui, et grâce à lui. Tout ce qu’il dira sera parole d’évangile, l’Oracle peut y aller, c’est open bar. Par exemple à propos du financement des data centers, qui exigent de mobiliser des dizaines de milliards d’euros : « Comme, naturellement, on a oublié de faire des fonds de pension en France, on se tourne vers des financiers étrangers ». Naturellement. Enfin. Tous les François Lenglet du pays lèvent les yeux au ciel entre parfait accord de principe et consternation de fait, « Naturellement. Enfin ». Temps requis pour larguer une énorme évidence pré-ratifiée par le sens commun néolibéral : 10 secondes. Temps nécessaire pour la défaire : 10 pages.
Or elle doit être défaite.
À innovation exceptionnelle (IA), finance exceptionnelle (Wall Street) ?
L’écrasante majorité des investissements appelle les procédures de financement les plus simples, celles du crédit ou de la dette obligataire, jusqu’à rendre dispensable une économie de fonds propres, et permettre de fermer la Bourse. C’est le moment où le lecteur néolibéral, passé d’attaque en apoplexie tout au long de la série, jette…
Auteur: Frédéric Lordon

