Depuis le 4 novembre 2024 se tient le procès des complices présumés de l’assassin de Samuel Paty, le 16 octobre 2020. On attend notamment les verdicts concernant Brahim Chnina, père de la collégienne qui a menti à propos de caricatures du prophète, et Abdelhakim Sefrioui, prédicateur qui a alimenté la campagne de haine sur les réseaux sociaux. Au-delà des complices, le procès a permis de cerner un peu plus précisément le parcours et la personnalité de l’assassin, Abdoullakh Anzorov, âgé de 18 ans au moment des faits. Quels rapprochements peut-on faire avec d’autres terroristes, comme les frères Kouachi ou encore Mohammed Mogouchkov, l’assassin du professeur Dominique Bernard ? Quelles leçons en tirer ?
Ma recherche porte sur l’articulation des problématiques subjectives et d’une cause collective chez les auteurs d’actes terroristes. Comme j’ai tenté de le montrer dans mes travaux, certains individus enclins à la frustration adoptent l’islam radical pour assouvir des pulsions antisociales ou psychopathiques au nom d’une idéologie qui les transforme en « élus » et leur offre un sentiment de toute puissance.
La religion devient un produit dopant conjurant les carences et les manques par le sentiment de retrouver leur intégrité. Du latin « fanaticus », signifiant « inspiré », « prophétique », « en délire », le fanatique désigne celui qui se croit transporté d’une fureur divine ou qui s’emporte sous l’effet d’une passion pour un idéal politique ou religieux.
Avec leurs passages à l’acte, les assaillants mettent donc en jeu de l’intime sur une scène publique qu’ils politisent. Mon expérience clinique auprès de volontaires radicalisés à Pontourny m’a amené à constater que des individus superposent au tort qu’ils pensent avoir subi à celui causé à la communauté musulmane, appelée Oumma, par exemple en Palestine, Afghanistan, Bosnie, Tchétchénie,…
Auteur: Laure Westphal, Psychologue clinicienne, Docteure en psychopathologie et psychanalyse, Enseignante, Chercheuse associée, Sciences Po

