Il n’aura fallu que quatorze heures pour que le gouvernement nommé par Sébastien Lecornu tombe. Depuis 2022 et son second mandat, Emmanuel Macron a nommé pas moins de cinq Premiers ministres. Cette valse pourrait continuer longtemps, prévient Lauréline Fontaine.
Cette professeure de droit public à la Sorbonne Nouvelle et autrice de La Constitution au XXIe siècle, essai publié aux éditions Amsterdam en 2024, dénonce l’interprétation qui est faite de la Constitution par les dirigeants, de telle façon qu’elle leur permette de continuer à exercer le pouvoir au détriment du bon fonctionnement des institutions.
Reporterre — Le nouveau gouvernement a été démis quelques heures seulement après sa nomination. Comment analysez-vous cette situation avec votre regard de constitutionnaliste ?
Lauréline Fontaine — Il n’y a actuellement pas de limite réelle au bon vouloir des acteurs politiques principaux, que sont le président de la République, le Premier ministre et le gouvernement. Ça ne sert à rien de demander aux constitutionnalistes ce que la Constitution permet de faire ou pas parce que, premièrement, ces acteurs politiques font quand même, et ensuite les textes sont interprétés afin qu’ils puissent toujours tout faire.
Ce qui manque essentiellement aux gouvernants actuels, c’est ce que j’appelle l’éthique de leur fonction, pas au sens moral, mais dans le sens d’une éthique attachée à leur fonction, autrement dit l’état d’esprit dans lequel et pour lequel cette fonction existe. Depuis que les constitutions s’écrivent, elles ont une éthique qui correspond à l’idée de limites : on n’écrirait pas des Constitutions pour instituer les pouvoirs si on ne les instituait pas de manière limitée.
Or, depuis quelque temps, les gouvernants sont complètement en dehors des clous. Ils n’ont pas intériorisé cette éthique et cette idée de limites. Ils cherchent surtout à savoir comment…
Auteur: Fabienne Loiseau

