« Démission d'étudiants infirmiers : Véran essaie de comprendre »

Sur une page d’accueil MSN, mon œil vient de se faire accrocher par un titre vendeur du Parisien qui clame : « Démission d’étudiants infirmiers : Véran essaie de comprendre ». Et le type de raconter avec le plus grand aplomb que si les étudiantes en soins infirmiers abandonnent la formation c’est ni plus ni moins à cause du COVID qui a rendu les conditions d’exercice très difficiles.

Je suis infirmier. J’ai fait mes études de 2010 à 2013 à Strasbourg, une ville plutôt bien lotie en matière de santé avec un grand CHU (le plus gros employeur d’Alsace) et un plateau technique et logistique conséquent. Il y a environ dix ans, donc.

Premier stage : EHPAD (j’ai fait de l’INTERIM plus tard dans ce type d’établissement en tant qu’aide-soignant et ce que je vais décrire n’est pas une exception). Je découvre l’ambiance. Six heures et demie du mat’, les aides-soignantes commencent à débouler dans les chambres des personnes âgées qui ont le malheur d’être en bout de couloir, à allumer les lumières à la volée avant d’arracher la couette qui couvre des petites vieilles encore ensommeillées en annonçant : « Allez, on va faire la toilette ! ». Les corps chauds et ridés, encore endormis, violemment mis à nu, se contractent, se replient, dans des positions de défense : « Alors, on a bien dormi !? ». Et la suite de la journée n’est qu’une série de pieds de nez aux beaux concepts enseignés en cours : « maintenir l’autonomie », « faire avec et non pas à la place de », « on soutien un membre pour le manipuler, on ne le saisit pas en pince » etc… Un jour une collègue étudiante a le toupet d’interpeler une salariée en évoquant de la « maltraitance ». Aïe aïe aïe, nous voilà convoquées, toutes les étudiantes, face à l’ensemble des salariées en blouse blanche installées en U et au centre desquelles siègent les bureaucrates en costard. Le directeur, un quinquagénaire ventripotent, nous interpelle d’une voix tonitruante : « Vous êtes apprenants ! Et quand on vient apprendre on se tait, on rase les murs, on observe et on reproduit ! ». Eh oui, le mec a besoin de pouvoir renouveler une main d’œuvre docile mais qui s’épuise vite. Pas question que des petites connes d’étudiantes viennent lui foutre des bâtons dans les roues ! La collègue qui avait eu l’outrecuidance de prononcer le mot interdit n’est jamais revenue.

Deuxième stage : médecine interne. Ça se passe dans le bâtiment tout neuf du NHC (Nouvel Hôpital…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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