Depuis quelques jours, j’habite Paris. C’est une drôle de saison pour arriver dans une ville que tant de gens semblent déjà pressés de quitter. Hier, à Montparnasse, je me suis surprise à regarder les voyageurs plus que les trains. Une petite fille traînait une valise aussi grande qu’elle. Son père lui répétait, un peu essoufflé : « Dépêche-toi, on va le manquer ! » Autour d’eux, on recomptait les sacs, on vérifiait les billets, on consultait les écrans, on courait d’un quai à l’autre. Tout le monde semblait partir chercher le repos. Comme si le repos était une destination, un lieu où on pourrait enfin arriver.
Les vacances nécessitent de véritables compétences. Réserver tôt. Comparer longtemps. Optimiser toujours. Partir s’apprend désormais. Encore faut-il en avoir la possibilité. Le Secours populaire rappelle qu’un enfant sur trois ne quittera pas son domicile cet été. Pour beaucoup de familles, quelques jours loin de chez soi sont déjà une victoire. Le simple fait de s’absenter de son quotidien est devenu un privilège.
L’impression qu’il faut produire quelque chose
Et pour ceux qui y parviennent, une autre épreuve commence : il leur faudra « profiter ». Le mot est partout. À ceux qui partent, nous disons presque tous la même chose : « Profitez bien ! » Nous ne prenons plus seulement des vacances, nous devons les mettre à profit. Le verbe n’est pas innocent. « Profiter », c’est tirer parti, rentabiliser. Comme si le temps lui-même devait être utile et bénéfique. Même nos loisirs ont appris la langue de la performance. Même le repos est sommé de produire quelque chose.
À force de vouloir profiter de tout, nous oublions peut-être une question plus simple : qu’est-ce qui, au juste, se déplace lorsque nous partons ? Car voyager ne signifie pas toujours se déplacer. On peut traverser tout un continent sans quitter le centre de…
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