Dépasser la peur du feu

A l’heure où le pouvoir brandit la menace sécuritaire et déploie ses dispositifs de contrôle, éclaircir nos peurs, c’est peut-être déjà commencer à les déjouer. Texte écrit par Terrain Vague, la veille du 24 octobre.

Même si le mouvement dit « lycéen » échappe encore largement aux tentatives d’encadrement, est disparate et conserve son autonomie, les mêmes réflexes de clarification peuvent ressurgir : définir ce qu’est le mouvement — lycéen, émeutier, révolutionnaire —, chercher à le structurer, à formuler des revendications claires, à tracer une perspective politique. Comme s’il fallait à tout prix donner une direction à ce qui déborde, avant que cela ne nous échappe. Cette volonté de nommer, de revendiquer, de cadrer ce qui se soulève, de lui assigner un sens et une issue, peut provenir de la peur : une peur légitime de la répression, mais aussi du débordement.

Face à la répression aussi grave que spectaculaire, il y a la peur d’avoir davantage à perdre qu’à gagner. Les horizons de la victoire sont flous, tandis que la répression est tangible, mortelle et déjà à l’œuvre. C’est pourtant parce que nous ignorons ce que nous pouvons gagner que l’horizon reste ouvert : ce que nous risquons aujourd’hui peut devenir la condition de possibilités que nous n’aurions jamais osé imaginer seul·es.

Si ce n’est pas la peur de se faire tuer par la police, il y a aussi la peur de ne pas être assez nombreux·ses, de voir les autres reculer, de rester seul·es face au risque. Chacun·e anticipe alors le retrait des autres, attend que quelqu’un·e fasse le premier pas, cherche des garanties avant de s’engager. Nous finissons par nous croire seul·es à vouloir continuer, que finalement nous ne sommes qu’une minorité impuissante. La peur redouble alors quand on se coupe du mouvement et de son élan, quand on se range du côté de celles et ceux qui le regardent de loin. C’est précisément…

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