Un jeune lecteur nous a transmis ce texte, issu de ses promenades à la sortie des cours. Dans ces quelques lignes, l’auteur propose un guide pratique et sensible pour nous réconcilier avec la ville : arpenter les rues différemment, ouvrir les trappes, escalader les grilles et ignorer les avertissements.
Transgresser le rythme normal des choses, trouver un autre chemin que la banalité quotidienne, triturer ces lourdes chaînes qui pèsent au cœur.
L’urbanisme contemporain et l’organisation sociale des êtres et des choses a restreint l’espace ; par des grillages, des fossés, des murs, des barbelés, des panneaux d’une agressivité retentissante. La ville moderne est devenue une galerie d’avertissements. Tout cela d’une façon si flagrante qu’elle semble disparaître.
Le paysage se couvre de béton comme de caméras. Les corps et l’horizon de chacun se retrouvent limités. Le quotidien devient la circulation entre les points d’une carte numérique qui nous dit par où passer. Seuls certains petits espaces sur un périmètre objectivement vaste sont « autorisés ».
Le cœur trépigne à l’idée d’enfreindre, d’escalader cette grille pour rentrer dans ce parc, gravir cet échafaudage simplement pour voir Paris depuis ce toit, soulever cette plaque et descendre dans les catacombes pour échapper au monde de la surface, regarder partout et parfois simplement choisir un autre chemin que celui qui est indiqué.
Former puis franchir ces passages, non pas pour rejoindre un point B, mais pour aller quelque part, aller nulle part. On fait tout cela pour pas grand-chose, mais on dégage ce sentiment de Vie, d’amusement, ça nous plaît de reprendre la ville. On dépasse la contemplation simple de l’alentour et on y aperçoit quelque chose qui touche la sensibilité, qui provoque le désir comme on provoque une bagarre. La raison commence à s’évaporer, doucement, sous un soleil d’émotion. Un désir lumineux…
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Auteur: dev

