L’émeute est dans l’espace ce que l’acte sexuel est dans le temps. L’émeute est un tigre. L’émeute embrase, porte l’incandescence à la plaine ; et d’un feu (de paille, de poubelle, de commissariat) elle fait un astre. L’émeute fait goûter au paysage ce que le soleil toujours lui donne sans jamais recevoir : la part maudite. Mais le goût que l’émeute lui offre s’y trouve enfin pleinement réalisé, en son instant, à son endroit. Il est le luxe porté à l’absurde, le sérieux devenu séditieux. Il est surtout le crachat à la gueule de ceux qui s’imaginent dompter l’exubérance des possibles, et font subir à la part maudite leur petite malédiction capitaliste.
Prenons un peu de champ. Rebroussons chemin, brièvement, dans le temps. Au mois de mars 2010, par exemple. Le jeune Emmanuel Macron, personnage de fiction dont jamais Stendhal n’aurait voulu (mais Balzac certainement, en second rôle), donne à Science-Po’ un cours intitulé : « La pauvreté est-elle une menace pour la société ? »
Parmi les quelques extraits d’une réflexion qui s’annonçait aussi profonde qu’habitée et que le Canard Enchaîné révéla dans un articulet de son édition du 9 juin 2021, isolons celui-ci :
« La figure du pauvre constitue (…) une menace plus radicale qui a justifié un contrôle, une répression par les sociétés, et continue à être la ’part maudite’ de celles-ci. »
Si la référence à Bataille peut faire sourciller tant elle paraît incongrue, et si l’interprétation semble pour le moins paradoxale, elles n’en demeureront pas sans suite, ainsi que l’illustrèrent les nombreuses prises de parole que ce sachant plein de fatuité s’octroya une fois élu président.
Sans se vouloir exhaustif dans le recensement, le syntagme part maudite réapparut dans la bouche du discoureur Macron le 3 juillet 2017 à Versailles (« ce que Georges Bataille appelait ’notre Part…
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Auteur: dev

