Port de Gaza, reportage
Mohammed Abu Daya aime parler de la mer, et plus encore des « diables » qui l’habitent. Mobula mobular, le « diable de mer », est une raie géante qui mesure jusqu’à 3,5 m d’envergure. C’est son espèce favorite, celle à laquelle il a consacré de longues heures de terrain, de jour comme de nuit, accompagnant des pêcheurs au large pour mieux comprendre ces animaux majestueux, qui hivernent au large de Gaza. À l’inverse, l’écologue marin n’aime pas évoquer son quotidien dans l’enclave, devenue « une prison à ciel ouvert, où 2 millions d’habitants vivent au milieu des décombres ».
Il a accepté d’échanger avec Reporterre à condition de parler avant tout de ses travaux scientifiques — pas de la situation humanitaire et politique locale. Il ne souhaite pas s’exposer inutilement en parlant du conflit en cours. Pourtant, la guerre qui fait rage dans l’enclave palestinienne depuis trois ans a bouleversé son quotidien. Les bateaux de pêcheurs gazaouis n’ont plus le droit d’aller au large. Les scientifiques, pas davantage. Mais même privé de son terrain d’étude, déplacé à plusieurs reprises par les bombardements, Mohammed Abu Daya poursuit ses recherches.
« Mon intérêt pour l’écologie marine a toujours été nourri par ce fort sentiment de responsabilité envers les espèces marines vulnérables, explique l’écologue. Même dans des circonstances difficiles, j’essaye de me concentrer sur la valeur à long terme de mes recherches pour la conservation. »
« L’obsession de ma vie »
Mohammed Abu Daya a grandi à Gaza, sur la rive orientale de la Méditerranée. « C’est là que j’ai appris à aimer l’océan. » Son amour pour le monde marin l’a poussé à suivre des études scientifiques, d’abord aux Pays-Bas puis au Royaume-Uni, où il a terminé une thèse d’écologie marine. De retour en Palestine, Mohammed Abu Daya a travaillé plusieurs…
Auteur: Lyse Mauvais
