Ce texte est extrait du livre « L’empire urbain de la finance. Pouvoirs et inégalités dans le capitalisme de gestion d’actifs » publié par Antoine Guironnet et Ludovic Halbert aux Éditions Amsterdam en novembre 2023.
Quinze ans après la crise financière mondiale déclenchée par l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, l’imbrication entre marchés financiers et marchés immobiliers est toujours à l’œuvre. À l’issue de sa visite en France en 2019, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit au logement convenable s’inquiétait publiquement de ce que « la financiarisation du logement – lorsque le logement est mis en avant et utilisé comme instrument financier plutôt que comme bien social – prenne rapidement de l’ampleur » dans ce pays. Plus récemment, des élus de gauche de grandes métropoles françaises exprimaient le même genre de craintes, en dénonçant « une spéculation inédite [qui] transforme aujourd’hui les logements en actifs financiers » et contraint les classes moyennes et populaires au départ.
La financiarisation des villes, sous diverses acceptions, mobilise ainsi de plus en plus l’attention politique et médiatique. C’est tout un imaginaire lourd de menaces qui affleure à la convocation de ce terme. Monsieur Vautour, l’intraitable propriétaire du théâtre boulevardier napoléonien, les sociétés immobilières éventrant les rues de Paris sous Haussmann, la touristification des centres-villes par les plates-formes de type Airbnb : ces figures et phénomènes évoquent le spectre de la spéculation et ses effets délétères pour les populations locales. […]
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Une longue histoire
Les espaces urbains ont joué un rôle précurseur et actif dans ce processus. Dès le XIXe siècle, des sociétés cotées en…
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Auteur: Antoine Guironnet, Chercheur Post-Doctorant, Sciences Po

