Il y a trente ans, le 24 novembre 1995, commençait le mouvement de grève de novembre-décembre. Après plus de trois semaines de quasi paralysie du pays, le gouvernement Juppé cédait. A l’exception des mobilisations contre le CPE, portées par la jeunesse en 2006, c’est la dernière fois que le pouvoir reculait face à un mouvement social. Au moins une raison, mais pas la seule, de se pencher sur cette période.
« En deux ou trois jours, il n’y a plus de trains qui circulent en France » se remémore Bernard Thibault, alors secrétaire général de la fédération CGT des cheminots. Et cela va durer trois bonnes semaines. « Toutes les fédérations de la SNCF appellent à la grève le 24 novembre et à la tenue d’assemblées générales pour décider des suites de ce mouvement. Pour nous, il s’agit de mettre en discussion la poursuite de la grève au-delà du 24 novembre », explique le cheminot qui deviendra numéro un de la CGT quatre ans plus tard.
« Personne ne râlait de marcher à pied. En région parisienne, il n’y avait plus de transport, mais le discours sur les usagers pris en otage ne marchait pas du tout. Il y avait un vrai soutien de la population et une bonne ambiance dans les rues de Paris », se souvient Annick Coupé, secrétaire générale du syndicat SUD-PTT en 1995. Entre le vendredi 24 novembre, date initialement fixée par les fédérations de fonctionnaires contre le gel de leurs salaires, et le 28 novembre, journée d’abord proposée par Force ouvrière, la grève démarre, se reconduit puis s’ancre à la SNCF, à La Poste et à la RATP. C’est le début d’un mouvement qui va durer jusqu’à l’approche des fêtes de fin d’année.
Un pouvoir trop sûr de lui
Mais qu’est-ce qui met le feu aux poudres cet hiver-là ? Jacques Chirac est élu chef de l’État quelques mois plus tôt. Alors qu’il avait mené une campagne centrée sur la réduction de la fracture sociale, il…
Auteur: Stéphane Ortega

