Je viens de Laâyoune, capitale des territoires toujours occupés du Sahara occidental. Je vis actuellement en Espagne, aux Îles Canaries, suite à l’assassinat de Saïd, mon plus jeune frère, le 22 décembre 2010 à l’âge de 26 ans, un événement qui a chamboulé la vie de toute notre famille. C’était un mois et demi après le démantèlement par les forces coloniales marocaines du grand campement pacifique Gdeïm Izik, proche de la ville, érigé pour revendiquer les droits du peuple sahraoui autochtone sur ce territoire. Il y avait eu des morts et des dizaines de détenus politiques, dont 26 ont écopé de condamnations allant de 10 ans à la perpétuité. Notre famille avait sa tente sur ce campement.
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Juste après, Laâyoune a été transformée en une véritable caserne. Cette nuit fatale, mon frère a été abattu à un point de contrôle policier – du moins on le pense, parce quinze plus tard, nous n’avons toujours aucune précision sur les circonstances de ce drame. À 2 heures du matin, il n’était toujours pas rentré à la maison. C’était un jeune militant très tranquille, pas du tout tête brûlée, licencié en économie. C’était un soir de match du club de foot de Barcelone, dont il était fan, on a donc pensé qu’il était sorti avec des amis. Et voilà que trois fonctionnaires frappent à la porte et demandent le chef de famille.
A-t-il été torturé, comme on le soupçonne à l’état de ses vêtements, qui nous ont été rendus ?
Ils sont ressortis avec mon frère aîné pour l’amener à la préfecture. Ils lui ont raconté que Saïd avait été pris dans une bagarre, et qu’il avait reçu une balle policière par erreur. Mais qu’on était en…
Auteur: Abdessalam Kleiche

