« On entendait hurler nos bêtes, nos petits veaux. Ils paniquaient. Et puis bam, bam ! Ça a été le bruit des cadavres attrapés par la pince croco qui tombaient dans la benne, jusqu’à 22 heures, à travers les volets fermés. On entendait tout. » À l’autre bout du fil, Céline Lhomme, depuis le Doubs, a la voix cassée.
Le troupeau de 83 vaches laitières de son mari Cédric et de ses beaux-parents Gérard et Chantale a été abattu le 2 décembre après-midi, après qu’une vache a été testée positive à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) le 28 novembre. La mobilisation de plus de 300 personnes pour bloquer l’arrivée des vétérinaires, brutalement réprimée par les gendarmes, n’y a rien fait.
Certains éleveurs en détresse s’opposent depuis le début à cette gestion de la crise sanitaire par l’État, et notamment aux abattages massifs de troupeaux pour protéger les élevages alentour. Le conflit entre le monde paysan et les autorités a monté d’un cran ce 2 décembre dans la ferme de Pouilley-Français avec cette intervention disproportionnée des forces de l’ordre : 175 gendarmes, des grenades lacrymogènes, des tirs de LBD… Une procédure a été ouverte pour « violence avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique », contre un gendarme ayant touché un conducteur de tracteur à l’épaule avec un tir de LBD.
72 élevages, 7 départements
La DNC, c’est la hantise des éleveurs bovins depuis cinq mois. Cette maladie virale bovine très contagieuse, transmise par les insectes, provoque des nodules cutanés, de la fièvre et peut être fatale. Au 30 novembre, la France comptait 107 foyers de DNC dans 72 élevages répartis dans sept départements : Savoie, Haute‑Savoie, Ain, Rhône, Jura, Pyrénées‑Orientales et Doubs — l’élevage des Lhomme.
Pour l’éradiquer, le ministère de l’Agriculture a mis en place des zonages et des protocoles très stricts :…
Auteur: Émilie Massemin

