Bornéo, Amazonie, bassin du Congo… Les grandes forêts primaires qu’il nous reste sont toujours menacées par la déforestation. Une pratique néfaste qui a bien souvent des origines coloniales.
La moitié des forêts de la planète a été détruite au cours du XXème siècle. Trois régions du monde ont été particulièrement ravagées : l’Amérique du Sud, l’Afrique de l’Ouest, et l’Asie du Sud-Est. Et le phénomène s’aggrave, tant et si bien que le parlement européen a voté en 2022 l’interdiction de l’importation de chocolat, café, huile de palme ou caoutchouc issus de la déforestation.
Une dépendance aux matières premières qui n’est pas nouvelle
Des produits au cœur de nos économies et modes de consommation. Le cas du caoutchouc est emblématique. Sans lui, pas de pneu, donc pas de voiture, ni de vélo, ni même de joints d’étanchéité ou de câbles de communications sous-marins. Sa production industrielle est dépendante de l’extraction du latex, une substance naturelle produite par les arbres à caoutchouc, dont l’hévéa. Ainsi, sous la pression des entreprises et des États, Bruxelles a annoncé en octobre 2024 le report d’un an de sa loi.
Cette dépendance à l’industrie au caoutchouc n’est pas nouvelle. C’est une ressource qui a été au cœur de la seconde révolution industrielle, avec notamment le développement de l’automobile, mais aussi de nouvelles méthodes de management. Si cette histoire est souvent racontée depuis les usines, en nommant les apports Taylor ou Ford, et leur application chez des industriels emblématiques comme Michelin, les racines coloniales en sont moins connues.
En effet, le caoutchouc, comme les autres ressources mentionnées plus haut, ont été et sont toujours majoritairement produites dans les territoires des empires coloniaux. Il s’agit même majoritairement de pays où cet arbre ne pousse pas à l’origine. Des graines d’hévéas d’Amérique du…
Auteur: Justine Loizeau, Postdoctoral research fellow in sustainability and organizations, Aalto University

