Créée en 2001, Wikipédia s’est imposée comme la référence encyclopédique mondiale. Avec plus de 6,7 millions d’articles en anglais, 2,5 millions en français, et une centaine de langues représentées, le projet incarne à première vue un idéal : celui d’un savoir libre, universel, accessible et écrit par tous. Pourtant, derrière cette vitrine d’ouverture, se dessine une réalité bien plus complexe.
De nombreux contributeurs dénoncent aujourd’hui un fonctionnement opaque, contrôlé par une minorité ultra-active, qui impose sa vision de ce qui peut – ou non – entrer dans l’encyclopédie. Certains vont jusqu’à qualifier ce système d’élitiste, voire de sectaire. Enquête sur les coulisses de la plus consultée des encyclopédies.
Une minorité très active qui fait la loi
Contrairement à ce que laisse penser son principe fondateur – « l’encyclopédie que chacun peut améliorer » –, Wikipédia repose en réalité sur un noyau réduit de contributeurs. Selon les données de la Wikimedia Foundation, moins de 1 % des utilisateurs actifs effectuent plus de 75 % des modifications sur la plateforme.
Ces contributeurs chevronnés, parfois appelés « wikipédiens », connaissent parfaitement les règles du jeu. Ils maîtrisent les critères d’admissibilité, les procédures de suppression, les pages de discussion, les codes de mise en forme, et surtout, les rapports de force internes. Ils agissent souvent en modérateurs officieux, relisant, corrigeant, ou supprimant les contributions des autres.
Pour les nouveaux venus, le parcours peut vite devenir décourageant.
« J’ai voulu créer un article sur une personnalité scientifique peu connue, mais importante dans son domaine », raconte Marie*, chercheuse en biologie. « L’article a été supprimé en moins de 24 heures. On m’a dit que le sujet n’était pas admissible selon les critères. J’ai eu beau fournir des sources, rien n’y a fait. »
Des…
Auteur: Yves GUÉCHI

