Les Grecs anciens, auxquels on prête souvent l’invention de la politique, parlaient du « kairos ». Un concept difficile à traduire, mais selon lequel agir efficacement serait autant une question d’instant que de volonté. Marine Le Pen, sans être versée dans l’hellénisme, ne l’ignore pas, elle qui répète souvent à ses proches que « la politique, c’est l’art du moment ». Encore faut-il avoir la sagacité d’identifier cet instant clé, ce point de bascule fatidique qui peut vous propulser vers les sommets ou vous plonger dans l’abîme. La cheffe de file des députés RN va-t-elle appuyer sur le bouton de la censure, alors que le Premier ministre Michel Barnier devrait engager la responsabilité de son gouvernement lundi prochain, pour faire adopter le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ?
Les 125 députés du Rassemblement national, en votant la motion de censure que ne manquera pas de déposer la gauche, ont le pouvoir de faire tomber un gouvernement vis-à-vis duquel ils ont fait montre, jusqu’à ces dernières semaines, d’une certaine mansuétude. Mais force est de constater que depuis que le parquet a requis une peine de cinq ans de prison, dont deux ans ferme, 300 000 euros d’amende et une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire contre Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires européens de l’ex-FN, le ton n’est plus vraiment le même. Et les menaces se sont…
Auteur: Romain David

