Voilà l’Europe prise en tenailles en ses deux extrémités par deux ennemis déterminés. Les armes ne sont pas les mêmes. Poutine continue de lancer sa pluie de missiles sur l’Ukraine, tandis que Trump use de la menace des droits de douane pour s’approprier le Groenland. Mais qui peut jurer que le second n’en viendra pas demain à une manière plus expéditive ? En vérité, derrière des objectifs économiques et territoriaux bien réels, l’autocrate de Moscou et l’Ubu roi de Washington veulent l’un et l’autre la peau de l’Union européenne. Ils n’ont pas besoin de se donner le mot pour prendre l’Europe en embuscade. Spontanément, les valeurs de démocratie, de laïcité et de progressisme que défend encore le Vieux Continent leur sont insupportables. Trump parle de « politiquement correct ». Quelle horreur !
L’Europe se désole quand elle se regarde, elle se console quand elle se compare.
Nous-mêmes, pour des raisons opposées, ne sommes pas avares de reproches à l’encontre de cet ensemble géopolitique qui ruine peu à peu ses acquis sociaux et culturels, et qui traîne comme un fardeau son défaut de fabrication de zone de libre-échange. Mais tout est relatif. L’Europe se désole quand elle se regarde, elle se console quand elle se compare. L’hydre bicéphale qui l’attaque nous promet le pire. On n’a envie chez nous ni de la police politique de Poutine ni de la milice anti-immigrés qui sème la terreur à Minneapolis et ailleurs. Voilà ce qui se joue aussi au Groenland et en Ukraine. Voilà pourquoi les Européens n’ont d’autre choix que de résister sur les deux fronts. Tant bien que mal, ils aident les malheureux Ukrainiens à résister, sans d’ailleurs leur en donner vraiment les moyens.
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Auteur: Denis Sieffert

