Derrière les grands crus bordelais, la misère des saisonniers étrangers

Pauillac (Gironde), reportage

Le thermomètre du camion affiche 37 °C. Avec la chaleur, le travail de la vigne commence tôt, et à 17 heures, les parcelles sont vides. Comme tous les mardis, une équipe de Médecins du monde sillonne les rues de Pauillac, à 50 kilomètres au nord de Bordeaux, à la rencontre des travailleurs qui ont fini leur journée.

Lors de maraudes ou de permanences, ils soignent, orientent les patients vers le système de santé, et tentent de remonter aux origines des pathologies : « On observe de nombreux troubles musculo-squelettiques liés à la combinaison des conditions de vie et de travail », explique Martin Toraille, médiateur en santé à Médecins du monde. Chaque semaine, il voit défiler des hommes et des femmes jeunes, entre 20 et 50 ans, qui se plaignent de douleurs au dos, aux mains ou aux genoux. 

C’est le cas de Doru, qui travaille dans les vignes depuis neuf ans, comme toute sa famille. À 31 ans, il a des douleurs aux bras et au dos à force de travailler à même le sol. Il voudrait bien se faire soigner, mais Doru est persuadé qu’en tant que saisonnier, il n’a pas droit à l’assurance maladie et ne peut pas prétendre à un arrêt de travail. « J’ai peur de perdre des jours de travail et qu’on ne me reprenne plus après », dit-il.

« La vigne, c’est le travail le plus difficile »

En tant que citoyen européen et travailleur en France, Doru a pourtant droit à la complémentaire santé solidaire (ex-CMU). Mais comme d’autres travailleurs, il ne connaît pas ses droits et n’a aucune couverture, son contrat étant renouvelé tous les deux ou trois jours.

Dans le bidonville où il vit, Doru boit le thé avec Boroni et Maria, 45 et 42 ans. Eux aussi travaillent à la vigne, et souffrent de problèmes de dos. Ils ont travaillé dans d’autres secteurs auparavant, mais pour Boroni, pas de doute : « La vigne, c’est le travail le plus difficile. »

Dans le Médoc, entre…

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