On prête parfois aux économistes une influence qu’ils n’ont pas. Fondateurs de l’économie politique, le physiocrate François Quesnay et le classique David Ricardo aspiraient pourtant à enseigner aux princes les lois de l’économie. Dans la conclusion de sa Théorie générale, John Maynard Keynes louait les obscurs écrivailleurs de faculté, dont les travaux inspireraient tôt ou tard les politiciens. Ces pères fondateurs constateraient amèrement que les programmes économiques sont esquissés de nos jours à l’insu des économistes.
La dissolution brutale de l’Assemblée nationale laissait certes peu de temps pour élaborer des programmes aboutis. Ces derniers compilent de fait les slogans jugés porteurs par des coalitions de circonstance pour capter un segment électoral du marché politique. Au cours de la campagne, le programme du Rassemblement national, en quête de respectabilité auprès de milieux d’affaires étonnamment complaisants à son endroit, s’est ainsi petit à petit réduit à peau de chagrin. Les lobbyistes du monde de la finance pouvaient alors concentrer leurs critiques sur le programme du Nouveau Front populaire.
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Astreinte à établir la preuve de sa crédibilité, la gauche convoqua ses économistes attitrés pour se livrer à la figure imposée du chiffrage du programme. Absents des coulisses de l’accord électoral dont il émane, réservées aux « poètes » des partis, ils furent sommés d’en réaliser le service après-vente, en veillant à respecter le mode d’emploi, excluant de creuser les déficits. Pas de quoi, malgré tout, rassurer les marchés. La facture se serait élevée à 150 milliards d’euros de hausses d’impôts en…
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Auteur: Liêm Hoang-Ngoc

