À l’école maternelle d’Ivry-sur-Seine, classée REP+, Marine L. sait que les familles de ses élèves ont des difficultés financières. « Quand je parle avec d’autres collègues qui exercent à Paris, je me rends compte du décalage. Par exemple, durant le mois de mai, ils évoquaient l’absentéisme de leurs élèves durant les ponts. Moi, ma classe est restée complète », constate l’enseignante.
Comme tous ses collègues qui exercent en éducation prioritaire, elle a dû apprendre à prendre en charge les élèves en situation de grande pauvreté. « Alors que nous n’avions eu aucun enseignement sur le sujet durant la formation initiale. » Selon l’Unicef, 3 millions d’enfants et d’adolescents vivent sous le seuil de pauvreté en France. Avec leur mission d’éducation, les enseignants sont en première ligne face à cette misère. « Quand on arrive à la voir », souligne Chloé P., enseignante en CP à Roubaix.
Vous vous voyez mettre une mauvaise note en sport à un élève dont vous savez qu’il ne prend pas de petit-déjeuner ?
Romain P.
Le plus souvent, la pauvreté est cachée par les enfants et leur famille, « par honte », déplore la Nordiste. Après dix ans d’exercice, elle a appris à repérer les situations les plus précaires. « Il y a cet enfant sans chaussettes au mois de novembre. Ou celui dont les vêtements dégagent une odeur bizarre car ils ont séché dans un logement humide et insalubre. Ou encore celui qui s’endort en cours car, la nuit, il dort dans une voiture. » Romain P., prof d’EPS à Toulouse, se souvient de cet élève qui revenait de la cantine les poches remplies de pain. « Il savait qu’il aurait faim le soir, donc il rapportait de la nourriture. »
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Auteur: Malika Butzbach

