Gravelines (Nord), envoyée spéciale
Le point de vue a tout d’une dystopie industrielle. Sur la gauche, six réacteurs nucléaires de 900 mégawatts ronronnent dans la brume automnale, sans aucun panache de fumée pour les signaler — ils se refroidissent via les eaux fraîches de la mer du Nord. En face, sur l’étendue couleur opale, une tripotée de tankers venus du bout du monde glisse sur l’horizon. À droite, un vaste terrain sablonneux où des pelleteuses démantèlent le cadavre métallique d’une gigantesque cuve. Nous sommes sur le site de la centrale nucléaire de Gravelines, dans le Nord, qui se fait littéralement lécher les réacteurs par la mer. À la voir ainsi campée face à l’eau, elle illustre à merveille les défis de l’industrie de l’atome face aux risques de submersion et d’élévation du niveau des océans.
Selon un rapport de Greenpeace, publié jeudi 3 octobre, cette centrale s’apparente à « un château de sable en bord de mer ». Avec la montée inexorable des eaux, d’environ 1 mètre d’ici à la fin du siècle, elle pourrait bien être régulièrement encerclée par l’eau lors des plus hautes marées. De quoi faire s’arracher les cheveux des garants de la sûreté nucléaire. Mis en service entre 1980 et 1985, les six réacteurs du plus grand site nucléaire d’Europe de l’Ouest ont déjà passé quatre visites décennales et poursuivent leur rénovation.
Sylvain Vité, responsable de l’ancrage territorial de la centrale, précise que « près de 4 milliards d’euros ont été consacrés à des améliorations décidées dans le cadre du Grand carénage » — un programme démarré en 2014 par EDF pour moderniser les centrales existantes et pousser leur exploitation jusqu’à 60 ans. « Au total, plus de 200 modifications majeures ont été apportées pour chaque réacteur depuis 2021. »
Une digue en cas de submersion
À la suite du retour d’expérience de Fukushima, le site s’est…
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Auteur: Laure Noualhat

