Des fourmis et des hommes

Quels sont les liens entre humains et insectes sociaux ? Comment les ingénieurs s’inspirent-ils de la collaboration des fourmis pour imaginer les réseaux de communications contemporains ? Quel est le rapport entre une métadonnée et la phéromone ? Pourquoi les éthologues ne sont-ils pas de simples passionnés de termites innocents du savoir qu’ils produisent ?
Après des vacances de Noël prolongées, la rubrique cyber-philo-technique revient et vous propose une passionnante épopée allant de Norbert Wiener aux recherches contemporaines sur l’éthologie des insectes et la robotique en passant par Giorgio Cesarano. Bonne lecture.

La fable des abeilles, à l’origine de la mythologie économique libérale, ne nous a jamais quitté. Son auteur, Bernard Mandeville, écrivait en 1705 : « Soyez aussi avides, égoïstes, dépensiers pour votre propre plaisir que vous pourrez l’être, car ainsi vous ferez le mieux que vous puissiez faire pour la prospérité de votre nation et le bonheur de vos concitoyens. ». La fable a d’abord été lue comme une charge contre les valeurs chrétiennes. Puis, le libéralisme en a fait le socle de l’idée selon laquelle « les intérêts individuels aboutissent au bonheur collectif ». En cela, il prenait au sérieux la métaphore des abeilles qui, sans plan collectif pré-établi et semblant suivre des règles rudimentaires à l’échelle individuelle, créaient ensemble l’épanouissement de la ruche. Aujourd’hui, c’est la société numérique que l’on compare volontiers avec une ruche géante dans laquelle tous butinent en récoltant et en transmettant des informations. Un débat existe alors sur la gestion de la ruche : doit-on laisser le miel aux capitalistes ou faut-il le redistribuer équitablement entre la masse des individus ? Certains vont même jusqu’à pousser la métaphore en expliquant que les abeilles font bien plus que créer du miel : elles pollinisent. En plus de leur production de miel, elles assurent la reproduction du monde qui les entourent. Le travail ne serait alors plus synonyme de destruction du monde. Pour cette raison, il faudrait rémunérer l’ensemble des abeilles (des citoyens) en plus de leur activité productive (c’est l’une des voies par lesquelles certains justifient le salaire universel).

On peut aussi choisir de ne pas vouloir vivre dans une ruche.

Dans une certaine mesure, le discours critique du capitalisme occidental intègre aujourd’hui l’idée selon laquelle il faudrait se rapprocher du monde animal pour se défaire du…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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