Depuis plusieurs semaines, un mouvement de révolte contre la vie chère embrase la Martinique. Cette mobilisation a de nombreux points communs avec le mouvement des « gilets jaunes » ou d’autres mobilisations à travers le monde, notamment dans les pays du Sud. Quelles sont leurs caractéristiques ? Quel est leur débouché politique ? Analyse. »
Un puissant mouvement de protestation contre la vie chère a débuté en septembre en Martinique. Manifestations, blocages, émeutes, ce mouvement atteint un haut degré de conflictualité. Les participants répondent à l’appel du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéens (RPPRAC), un collectif de défense des conditions de vie des Antillais, formé en 2024. Ils réclament en particulier l’alignement des prix locaux de l’alimentation sur ceux de la métropole, alors qu’ils sont en moyenne 40 % plus chers.
Certains enjeux de cette mobilisation sont liés au contexte très spécifique des Antilles françaises, et en particulier à leur héritage colonial. Les taxes mais aussi et surtout l’organisation oligopolistique de la distribution locale, produisent de forts écarts de prix par rapport à l’Hexagone.
Mais, loin d’être un événement singulier, les mobilisations en Martinique s’inscrivent dans un ensemble plus vaste de mouvements contre la vie chère ou pour le pouvoir d’achat. On peut citer les « émeutes de la faim » en Afrique en 2008, la lutte contre la « pwofitasyon » aux Antilles en 2008-2009, la « Révolte du vinaigre » au Brésil en 2013, le mouvement des « gilets jaunes » en France à partir de 2018, les manifestations initiées au Chili en 2019 contre l’augmentation des prix des transports publics. Or l’ensemble de ces révoltes populaires partagent des caractéristiques communes, relatives à leurs mécanismes de déclenchement, à leur composition, à leurs modes d’action, à leurs objectifs et aux…
Auteur: Antoine Bernard de Raymond, Sociologue, Directeur de Recherche (INRAE), Agriculture, Alimentation et inégalités sociales, Université de Bordeaux

