Des jardins sans gazon ? Ça existe, et c'est réussi !

Mèze, Hérault, reportage

Au milieu des massifs fleuris de ciste et de sauge, on se sent devenir papillon. Guidés par les effluves de miel, de fruits rouges et de curry, on butine parmi les buissons colorés. Au bord de l’étang de Thau, le jardin d’Olivier et Clara Filippi a tout d’un paradis pour les sens. Pourtant, sur les 6 000 m² de végétation, pas une touffe de gazon. « Ne m’en parlez pas ! » prévient d’emblée le pépiniériste.

Pour lui comme pour nombre de jardiniers, la pelouse plantée et coupée à ras est une aberration. « Un gazon à l’anglaise est très exigeant en intrants, il faut l’arroser, l’engraisser et le tondre en permanence, explique Aymeric Lazarin, paysagiste dans les Alpes de Haute Provence. Il s’agit d’une culture hyper intensive. »

Même au nord de la Loire, le parterre émeraude ne fait pas l’unanimité : « C’est lamentable d’un point de vue écologique, soupire Éric Lenoir, jardinier punk breton. La biodiversité y est ultra limitée, mis à part les merles et quelques rongeurs… » Malgré ses défauts, le gazon connaît un succès continu : près de 7 Français sur 10 disposent d’un jardin avec pelouse, d’après l’interprofession des semences et des plants.

Ces surfaces enherbées couvrent ainsi 1,7 million d’hectares — jardins privés, terrains de sport, accotements routiers ou espaces publics — soit l’équivalent de trois départements. Et pour la Société française des gazons, ces espaces « participent à la régulation thermique en milieu urbain, à l’infiltration des eaux de pluie et au stockage de carbone dans les sols ».

Mais d’où vient cette passion française pour les couvre-sols herbeux ? « C’est un atavisme, une habitude, on reproduit un schéma collectif », tranche Éric Lenoir. « Nous avons un besoin instinctif et primitif de verdure, mais nous avons aussi appris à la craindre, notamment les herbes hautes, estime…

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Auteur: David Richard, Lorène Lavocat

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