Les fraises et les épinards n’ont pas attendu le calendrier officiel : « On a dû commencer les ventes plus tôt que prévu. » Hélène Lucius et les autres ont monté leur stand dès mi-mai sur la place. « Quand on ouvre le parasol, c’est le signal, les gens commencent à arriver. » La place, c’est celle du secteur Duclos, dans le quartier des Vernes, 3 000 habitants, dont les tours surplombent la ville de Givors, dans la vallée du Gier, à mi-chemin entre Lyon et Saint-Étienne. Hélène, Ivan, Saïd et les autres sont les acteurs principaux d’une expérimentation unique en France : du maraîchage en pied d’immeuble, par les habitants. Jusque-là, rien d’exceptionnel.
Ce qui l’est, c’est que les fruits et légumes produits sont vendus sur place, donc en priorité aux habitants. « On pratique trois tarifs différents et ce sont les consommateurs qui choisissent. Le moins cher inclut le coût des semences, le second inclut aussi les charges, en particulier l’eau (du réseau d’eau potable), le troisième est aligné sur les prix pratiqués en magasin bio », détaille Hélène.
C’est la deuxième saison que le jardin des Vernes est en production. Les parcelles destinées à la vente (environ 1 500 m²) et entretenues collectivement se mélangent aux parcelles « privatives », classiques des jardins ouvriers. Le tout s’étend en terrasses sur environ 3500 mètres carré, séparé de l’extérieur par des barrières en lattes de bois et des portillons sans cadenas. « On avait peur qu’il y ait des dégradations mais non, c’est très respecté », remarque Hélène. La mairie, qui prête cette ancienne friche, a mis des bancs autour. « C’est devenu un lieu de convivialité, assure-t-elle, même s’il manque de l’ombre. » Le collectif organise régulièrement des événements festifs autour de son activité.
Auteur: Fabien Ginisty (L’Âge de faire)

