En 1792, en pleine Révolution française, le député de l’Yonne Pierre Laureau de Saint-André expose à l’Assemblée nationale son projet de « régénération de la nature » qui, selon lui, doit offrir à l’État « le premier essai de sa puissance sur la nature ».
Au siècle du progrès, la nature est « en révolution », comme l’indique le premier tome de l’Histoire environnementale de la France (La Découverte, 2025), une trilogie consacrée au rôle du pays dans l’Anthropocène. Ce premier volet, consacré à la période allant de 1789 à la chute du Second Empire en 1870, insiste sur une singularité hexagonale : les discours sur la nature y servent alors la construction d’un État-nation encore majoritairement paysan.
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Hantés par le spectre d’une féodalité jugée contre nature, la Révolution française et le Premier Empire, gagnés au productivisme économique, s’efforcent alors de mettre la nature au travail. Ils étendent l’emprise humaine sur les ressources du sous-sol et les terres incultes, jusqu’alors placées sous le régime des communs : landes, marais, vallées montagnardes, etc.
Des gendarmes pour discipliner les pratiques paysannes
Cette nouvelle dynamique économique ne va pas sans heurts. Affranchis des droits seigneuriaux sur les forêts, les paysans s’empressent dès 1789 d’y restaurer leurs droits d’usage en y coupant le bois et en y faisant paître leurs bêtes. Pour contrer cette « révolution paysanne », les nouvelles autorités dépêchent gendarmes et garde champêtres pour diffuser un discours semi-savant et protoécologiste, imputant les catastrophes naturelles (coulées de boue, inondations, etc.) aux pratiques paysannes et à la déforestation.
Le nouveau régime enrôle la nature dans ses aventures guerrières : la Première République et le Premier Empire sont alors obnubilés par la…
Auteur: Maxime Lerolle

