Niaga, lac Rose (Sénégal), reportage
D’un côté, le rugissement sourd de l’Atlantique. De l’autre, le silence presque irréel d’une forêt de filaos, dont les aiguilles fines frémissent dans le vent salé. Et, derrière cette bande de quelque 90 hectares, l’un des sites les plus emblématiques du Sénégal : le lac Rose. Une étendue d’eau d’environ 3 km² aux reflets changeants, parfois pâles, parfois intensément rosés, selon la course du soleil. À quoi ressemblera ce paysage dans quelques années ? Difficile à dire. Mais depuis quelques mois, une inquiétude s’est emparée des habitants du paisible village de Niaga. Car un projet de construction de 10 000 logements sur 216 hectares, destiné à accueillir des dizaines de milliers d’habitants, a vu le jour.
Porté par la multinationale égyptienne Casa Orascom, le projet « Ville verte lac Rose » se présente comme « la première ville verte et intégrée d’Afrique de l’Ouest en harmonie avec le lac, l’océan et la forêt classée ». Pour ses opposants, il pourrait au contraire bouleverser l’écosystème du site et fragiliser toute l’économie locale.
Depuis mars, une nouvelle route a été inaugurée pour relier la zone à Dakar, ramenant le trajet à quarante-cinq minutes contre environ le double auparavant. Pour les autorités, le projet constitue un levier de développement. Au-delà des logements, il prévoit lieux de culte, écoles, hôpital, commerces et équipements sportifs.
Dans un éditorial du quotidien progouvernemental Le Soleil, le journaliste Maguette Ndong défend cette vision : dans un contexte économique tendu, refuser un tel projet reviendrait à décourager les investisseurs étrangers. Le président, Bassirou Diomaye Faye — qui avait pourtant été élu sur la promesse de restaurer la souveraineté —, a lui-même reçu le directeur général de la multinationale, signe d’un soutien au plus haut niveau. Malgré les…
Auteur: Adrien Marotte, Nicolas Réméné

