Des microbes intestinaux qui enivrent et abîment le foie : comment le microbiote peut se transformer en microbrasserie

Il peut exceptionnellement arriver qu’un taux d’alcoolémie élevé ne soit pas dû à une consommation d’alcool… Nikamo/Shutterstock.com

Le « syndrome d’auto-brasserie » est une affection très rare et très peu documentée, impliquant la production d’alcool par des bactéries intestinales, qui entraîne l’intoxication des individus concernés. Au-delà des quelques cas cliniques décrits, des scientifiques se demandent si un phénomène similaire ne pourrait pas être impliqué dans certains cas de stéatose hépatique non alcoolique, une maladie aux causes multiples, beaucoup plus courante.


Imaginez : vous êtes agent de police, et vous remarquez une voiture qui zigzague dangereusement sur la chaussée. Vous arrêtez le conducteur : il est manifestement ivre. D’une voix pâteuse, il jure pourtant n’avoir pas touché une goutte d’alcool de la journée. Le croiriez-vous ? Probablement pas.

Pourtant, en 2024, un citoyen belge a été acquitté après avoir été verbalisé pour conduite en état d’ivresse à trois reprises en quatre ans. Son emploi dans une brasserie pouvait nourrir les soupçons, mais il affirmait n’avoir rien bu. Selon les trois médecins qui l’ont ausculté, il aurait souffert d’un syndrome d’auto-brasserie dont il ignorait l’existence.

Les personnes atteintes de ce syndrome très rare (une revue de la littérature scientifique de langue anglaise publiée en 2020 a révélé que seuls 20 cas avaient été identifiés depuis 1974, ndlr) hébergeraient dans leurs intestins des microbes produisant des quantités anormalement élevées d’alcool lorsqu’ils décomposent les sucres. En 2016, à New York, une femme avait, elle aussi, été acquittée après un diagnostic identique. Son taux d’alcoolémie atteignait quatre fois la limite légale.

Bien que le syndrome d’auto-brasserie soit exceptionnel, certaines des espèces bactériennes qui y sont associées pourraient être impliquées dans une…

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Auteur: Bill Sullivan, Professor of Microbiology and Immunology, Indiana University