Des milliers de juments saignées pour doper la reproduction des élevages

Dix litres de sang. Chaque semaine. Pendant près de trois mois. Dans certaines « fermes à sang » d’Argentine et d’Uruguay, des juments gestantes subissent ces prélèvements pour produire de l’eCG, ou gonadotrophine chorionique équine, une hormone sécrétée par leur placenta entre le 40e et le 120e jour de gestation.

Spécificité des équidés, l’eCG n’est produite naturellement que pendant leur gestation, puis utilisée notamment chez les brebis. « En conventionnel, le sang de jument est utilisé pour programmer les ovulations d’autres femelles animales », résume Édouard Exilard, paysan bio et éleveur de brebis dans les Pyrénées-Atlantiques, qui refuse d’utiliser de telles méthodes.

Entre 2023 et 2025, l’Animal Welfare Foundation et Tierschutzbund Zürich ont de nouveau enquêté dans des élevages argentins et uruguayens. Plus de 10 000 juments gestantes y seraient encore exploitées chaque année. Les images montrent des animaux amaigris, paniqués, parfois blessés.

Une jumelle amaigrie dans une ferme en Argentine – Crédit : Animal Welfare Foundation

La fenêtre hormonale est brève. Une fois passée, le fœtus ne présente plus d’intérêt pour cette industrie. Les ONG documentent donc des avortements provoqués afin que les juments soient rapidement fécondées à nouveau.

« Au 121e jour, il faut avorter la jument pour la remettre en gestation un mois après », raconte Édouard Exilard à La Relève et la Peste. Welfarm situe certains avortements observés autour du 110e jour.

Les juments sont placées dans des box isolés et pompées de leur sang – Crédit : Animal Welfare Foundation

Faire coïncider les naissances avec le marché

Pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’eCG permet de contrôler la reproduction des animaux. En France, des médicaments vétérinaires qui en contiennent sont encore autorisés pour déclencher et synchroniser les chaleurs et l’ovulation chez les bovins, les ovins et les…

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Auteur: Joanna Blain