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Confrontés aux expériences brutales de confinement économique et social, on aurait pu imaginer que le réel fasse enfin irruption – sous la forme de l’arrêt du travail, des oiseaux qui reviennent voler en ville ou encore de la proximité soudaine avec des proches – et détruise, par sa simple force, par les évidences qu’il nous met enfin sous les yeux, les écrans et autres réseaux qui ont fini par se confondre avec la réalité elle-même. Il n’en fut rien, bien au contraire, comme si l’industrie numérique avait réponse à tout. Le travail cesse ? Télétravaillez. Vous ne pouvez plus sortir ? Faites vos courses en ligne. Vous vous ennuyez ? Regardez Netflix. Vous vous sentez seul ? Faites un apéro sur Zoom. La maladie dure ? Consultez à distance et téléchargez TousAntiCovid. « La technologie a tellement progressé que nous pouvons rester connectés de nombreuses manières sans être physiquement dans la même pièce ou dans le même espace que les gens » écrit Maria Van Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS : c’est dire à quel point le numérique est lié à pandémie, en tant que condition et remède. D’autres parlent d’un « Screen New Deal » pour sortir du confinement et de la crise économique dues au Covid : des investissements massifs dans l’industrie et les infrastructures numériques qui permettraient de maintenir les distances physiques (avantage sanitaire), faire des gains de productivité (avantage économique) et réduire les coûts de transports (avantage écologique).
Nous n’y croyons pas une seconde. Si l’aura d’utopie qui entourait la naissance des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) – après la Seconde Guerre mondiale – ainsi que le réseau Internet – dans les années 90 – ont pu faire illusion quelques années, ce temps est désormais révolu. On sait bien que l’industrie numérique, loin d’accompagner la transition énergétique, est en fait l’un des secteurs les plus polluants, devant l’aviation. L’importance des GAFAM et la nouvelle économie de la « data » ont douché à peu près tous les espoirs de ceux qui voyaient dans les NTIC la possibilité d’une économie du partage, de la coopération et de l’abondance. On sait aussi, au moins depuis les révélations d’Edward Snowden, que l’infrastructure des télécommunications favorise la libération de la parole dans la mesure même où elle améliore la surveillance de masse. L’ascension…
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Auteur: IAATA

