Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne), reportage
Quelle agriculture après l’adoption de la loi Duplomb ? L’avenir du travail de la terre était au cœur des discussions sous les chapiteaux du festival des Résistantes après le vote de ce texte qui favorise l’usage des pesticides, des mégabassines et de l’élevage industriel. Dans les champs du bocage normand, paysans, habitants et militants tentent d’inventer un modèle paysan respectueux du vivant. Portraits d’engagés locaux dans cette transition.
Gilles Delaunay, éleveur sur un territoire de luttes
Dans un département de l’Orne où seules 9 % des surfaces agricoles sont en bio, Gilles Delaunay, 59 ans, est un converti de longue date à l’agroécologie. Cet éleveur de vaches laitières et de porcs sur la ferme du Mont Hardy est passé en agriculture biologique dès l’an 2000.
« On a été les premiers dans le coin, puis tous nos voisins se sont convertis », raconte-t-il. Le paysan s’inscrit à rebours d’une politique agricole « qui favorise l’agro-industrie, les hectares et les vastes champs de céréales ». « Moi j’aime mieux avoir des voisins que des hectares », sourit Gilles. Sur sa ferme, il y a 17 kilomètres de haies, et des prairies où pâturent les vaches.
Pas de pesticides ni d’engrais chimiques… Pourtant, « je n’ai jamais de limaces dans mes cultures », dit Gilles : « Les haies sont des nichoirs de carabes, de grands mangeurs de limaces. Ce sont des auxiliaires de cultures essentiels. Ce qu’on apprend dans l’enseignement agricole, c’est plutôt la liste des produits phytosanitaires. »
« Il y a un bon terreau de lutte dans le bocage »
Par son modèle agricole, le paysan poursuit l’engagement de ses parents, son père faucheur d’OGM et sa mère paysanne militante chez Solidarité Paysans. « Il y a un bon terreau de lutte dans le bocage », dit Gilles, qui cite les luttes paysannes dans les années 1970, celles…
Auteur: Léa Guedj

