Des salles de classe transformées en chambres : l'école, refuge pour les enfants à la rue

À peine rentrée du lycée, Helena*, 16 ans, s’isole dans la chambre, portable à la main. Sa sœur Nelia, 13 ans, encapuchonnée dans un peignoir blanc, arrive de la douche. Du couloir fusent les rires des « petits », Talia, 5 ans, et Raphaël, 7 ans, entourés de feuilles blanches et de feutres colorés. Dans la cuisine, leur mère, Luana, 40 ans, prépare le dîner : riz basmati au sésame, viande en sauce aux olives, et un extra, pour la benjamine : un riz au lait. Une soirée familiale banale à Vénissieux (Rhône). En apparence.

Car Helena reste dans le noir, éclairée par la seule lumière de son portable pour finir ses devoirs, tout comme Nelia qui « discute sur Snap » avec des copines. La « chambre » est une salle de classe, aux fenêtres opacifiées par des tissus, sans tables, mais avec quatre matelas serrés contre le mur du fond. Près de l’armoire, des valises, des sacs, des jouets…

De l’autre côté du grand hall, derrière une porte étiquetée « Salle des maîtres », se trouvent la cuisine et la salle de bains. Nous sommes dans une école élémentaire, l’une des 22 de la métropole lyonnaise occupées toutes les nuits pour héberger des enfants sans-abri, grâce à l’engagement d’enseignants et de parents d’élèves. 

Talia sort de la douche et rejoint sa famille dans la cuisine de l’école.

© Bertrand Gaudillère / item

« Le matin, ils doivent être partis avant 8 heures, précise Claire*, l’une des deux enseignantes mobilisées dès qu’elles ont su que certains de leurs élèves n’avaient plus de toit. Et la famille ne peut rentrer qu’à partir de 18 h 30, après les activités périscolaires, lorsque l’école s’est vidée. »

Chaque soir, les institutrices s’assurent que la mère, Luana, est rentrée avant de laisser Talia et Raphaël, scolarisés ici en grande section et en CE2, passer du périscolaire à la vie familiale. Mais Nelia et Helena, elles doivent…

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Auteur: Eliane Patriarca

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