Et si, chez les mammifères, la naissance pouvait se passer de l’union des cellules sexuelles d’un père et d’une mère ? Début 2025, une équipe chinoise franchissait une étape inédite en donnant naissance, à partir de deux pères, à des souris qui ont pu atteindre l’âge adulte, bouleversant ainsi des certitudes sur la reproduction sexuée et le rôle du génome paternel.
Cette prouesse, rendue possible par des modifications épigénétiques ciblées, fournit un nouvel éclairage sur les mécanismes fondamentaux du développement embryonnaire.
Chez les mammifères, la reproduction sexuée implique la fusion de deux cellules sexuelles, ou gamètes : l’ovocyte maternel et le spermatozoïde paternel. Si cette règle semble universelle, elle ne l’est pas chez tous les animaux : de nombreux poissons, reptiles ou insectes peuvent se reproduire par parthénogenèse, qui est un mode de reproduction dans lequel un œuf se développe en un nouvel individu sans avoir été fécondé par un mâle.
Mais, chez les mammifères comme la souris, les tentatives de développement embryonnaire à partir d’un seul type de génome – qu’il soit maternel ou paternel – avaient échoué systématiquement.
Au cours de la formation des gamètes, l’empreinte génomique, ou marquage épigénétique, rend certains gènes actifs ou silencieux selon leur origine parentale. Les marquages épigénétiques sont des modifications chimiques de l’ADN ou de ses protéines associées : ils n’altèrent pas la séquence génétique mais influencent l’expression des gènes, un peu comme des interrupteurs qui allument ou éteignent certains gènes selon leur provenance. Cette empreinte est essentielle pour la régulation de gènes impliqués dans le développement jusqu’à son terme de l’embryon.
Hkandy/Wikimedia, CC BY
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Auteur: Jean-François Bodart, Professeur des Universités, en Biologie Cellulaire et Biologie du Développement, Université de Lille

