« Des toilettes aux champs » : cette usine transforme l'urine en engrais

Valence (Drôme), reportage

Quelques magazines, un rouleau de PQ, un mur tapissé d’affiches… Au premier abord, les toilettes d’Olivier Coupiac n’ont rien d’original. Au premier abord seulement. Car en lieu et place d’une chasse d’eau, la cuvette est équipée d’un tapis roulant afin de séparer les urines — qui coulent directement dans un tuyau — des excréments.

Ces derniers finissent leur course odorante dans une boîte hermétique et ventilée, avant d’être compostés au fond du jardin. L’or jaune, quant à lui, atterrit trois étages plus bas, dans une cuve. Car l’objectif, dans cet habitat participatif nommé La Mélo, n’est pas uniquement d’économiser de l’eau. « On récupère nos excrétas pour les valoriser », sourit l’heureux propriétaire du trône écolo.

Que faire des 1 000 litres de liquide ammoniaqué produits chaque mois par les dix logements de l’immeuble valentinois ? La réponse à cette pressante question se situe à une dizaine de kilomètres, dans la station d’épuration de Portes-lès-Valence. C’est ici qu’Emy Cretegny a ouvert une petite usine d’urinofertilisants, baptisée Factopi. En clair : elle fabrique des engrais à base de pipi.

Le scandale écologique des lieux d’aisance

À l’origine de cette idée fertile, une absurdité : « D’un côté, on envoie nos excrétas au tout-à-l’égout, avec beaucoup d’eau, un coût énergétique important et un risque de pollution de nos rivières, indique celle qui a longtemps travaillé dans le traitement de l’eau. De l’autre, on dépend d’engrais de synthèse polluants pour produire notre nourriture. »

Emy Cretegny n’est pas la seule à observer l’aberration du système d’assainissement actuel. Les promoteurs des toilettes sèches pointent depuis longtemps le scandale écologique que représentent nos lieux d’aisance. Et à l’autre bout de la chaîne, nombre d’agriculteurs — notamment en bio…

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Auteur: David Richard, Lorène Lavocat

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