Nous poursuivons le travail esthétique et politique de réflexion autour de la question du désastre, de la communauté et de la parole inaudible du malheur. La question est toujours la même : pourquoi et comment en sommes-nous arrivés à un tel malheur ? Une question volontairement naïve dont les réponses sont nombreuses : politiques, matérielles, existentielles. Capitalisme et domination de classe, accumulation de puissance et de technologies des nations impérialistes, déshumanisation organisée, destruction des solidarités effectives, pillages. Les pages qui suivent prennent un des chemins possibles de ces nombreuses réponses, qui toutes doivent se complémenter. Le pari n’est donc pas de subsumer le politique dans la métaphysique et de raconter une belle histoire théologico-politique, mais de repérer dans une histoire longue de la pensée, un mouvement, une tendance, celle du désastrement. L’étude qui suit assume une écriture associative et non rigoureuse, qui cherche à conceptualiser sauvagement. C’est une liberté que ce texte s’octroie et sa limite pleine et entière.
Désastrement, une brève définition
« On n’avait pas encore vu, par la faute du gouvernement, le ciel s’obscurcir et le beau temps disparaitre, et la fausse brume de la pollution couvrir en permanence la circulation mécanique des choses, dans cette vallée de la désolation. Les arbres n’étaient pas morts étouffés ; et les étoiles n’étaient pas éteintes par le progrès de l’aliénation. »
Guy Debord, In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni
Étymologiquement, le désastre signifie être orphelin de sa bonne étoile. Dis Astro est notre mauvaise comète. À côté glisse le mot d’influence, qui au départ nomme un flux émanant des astres, la cause de leurs actions sur les affaires des hommes. Nous pourrions dire que le désastrement est la perte de l’influence des astres sur l’histoire des hommes, dans la modernité…
Auteur: dev

