L’objet de ce texte est l’humanité qui ruine et prend les hommes pour des bêtes. L’humanité dont les intérêts coïncident avec la déshumanisation, la destruction de l’empathie, le pillage et le massacre. Le cinéma de Belà Tarr offre une esthétique du malheur et de l’inaudible, mais aussi de la révolution, dont une des tâches est de rendre audible le malheur.
Free Palestine.
« Il y a alliance naturelle entre la vérité et le malheur, parce que l’une et l’autre sont des suppliants muets, éternellement condamnés à demeurer sans voix devant nous. » Simone Weil, La personne et le sacré.
Autant pour le malheureux que pour le parrèsiaste, le langage n’est plus d’aucun recours, tant les mots s’absentent- ou plutôt meurent dans l’indifférence. Dans la suite de la citation en exergue, Simone Weil conclue :
Écouter quelqu’un, c’est se mettre à sa place pendant qu’il parle. Se mettre à la place d’un être dont l’âme est mutilée par le malheur ou en danger imminent de l’être, c’est anéantir sa propre âme. C’est plus difficile que ne serait le suicide à un enfant heureux de vivre. Ainsi les malheureux ne sont pas écoutés. Ils sont dans l’état où se trouverait quelqu’un à qui on aurait coupé la langue et qui par moments oublierait son infirmité. Leurs lèvres s’agitent et aucun son ne vient frapper les oreilles. Eux-mêmes sont rapidement atteints d’impuissance dans l’usage du langage par la certitude de n’être pas entendus. C’est pourquoi il n’y a pas d’espérance pour le vagabond debout devant le magistrat. Si à travers ses balbutiements sort quelque chose de déchirant, qui perce l’âme, cela ne sera entendu ni du magistrat ni des spectateurs. C’est un cri muet. […].
Si je penche sincèrement l’oreille – j’écoute loyalement mon cœur –, je peux entendre ce cri du malheureux, qui pose cette question « pourquoi me fait-on du mal ? » Ce malheur nous est adressé et aujourd’hui comme hier, l’écouter est un impératif…
Auteur: dev

