Cette semaine dans l’Anthropocène
La route est poussiéreuse et jonchée de déchets. Mon ami et collaborateur Colby Groves est penché à la fenêtre de la voiture pendant que je suis au volant, contemplant des champs de panneaux solaires alignés derrière une clôture grillagée.
« Ça doit être ça », déclare Colby, calant un imposant appareil photo sur ses genoux, espérant éviter les secousses sur cette mauvaise route.
Nous sommes dans cette région de soleil brûlant et de chaleur, à la recherche d’une grande installation solaire Amazon dans la campagne du comté de San Bernardino, en Californie. On y rencontre la tortue du désert en voie de disparition et des arbres de Josué. Mais plus récemment, la voracité des entrepreneurs de la Silicon Valley en a fait leur joujou.
En 2024, Amazon (Jeff Bezos) a connecté son projet solaire et de stockage Baldy Mesa, qui alimente les centres de données voisins de l’entreprise, au réseau électrique, ce qui lui a valu maints éloges pour son recours aux énergies renouvelables. C’est le premier du genre en Californie. Malgré son gigantisme, le projet a rencontré très peu d’opposition, comme c’est souvent le cas pour ce type de projets « verts ».
En sortant de la voiture, nous entendons immédiatement le bourdonnement assourdissant de générateurs électriques occupant la surface d’un terrain de football, alimentés par des panneaux solaires qui nous entourent dans toutes les directions. L’ensemble de l’installation est relié au réseau par d’impressionnants câbles de transmission au-dessus de nos têtes. Au total, cet immense aménagement couvre plus de 6000 mètres carrés du biotope que forme le désert du Mojave, soit quasiment deux fois la taille du Central Park de New York.
Les conséquences de Baldy Mesa sur cet écosystème fragile sont brutales et tangibles. Les arbres de Josué ont été remplacés par des générateurs électriques de la taille de conteneurs…
Auteur: romain romain

