La désoccidentalisation des savoirs, Thomas Brisson, éd. La Découverte, 252 pages, 22 euros.
Faire taire le passé. Pouvoir et production historique, Michel-Rolph Trouillot, préface d’Enzo Traverso, postface de Pierre Buteau et Lyonel Trouillot, traduit de l’anglais par Paulin Dardel, éd. Lux, 280 pages, 23 euros.
Désoccidentalisation. Le substantif désigne une mise à distance active de l’Occident et de son emprise sur les cadres de pensée. Concernant les sciences humaines et sociales, cela évoque bien sûr les postcolonial studies, voire les subaltern studies. Dans un sens plus large, ces dernières ne se limitent pas aux sociétés des contrées ou nations jadis colonisées par les empires, mais considèrent d’abord leurs populations dominées, asservies. Et surtout ignorées, des siècles durant, par les disciplines qui auraient justement dû les considérer.
Pourtant, cette « désoccidentalisation des savoirs », pour reprendre le titre de l’ouvrage du politiste Thomas Brisson, ne saurait être appréhendée ni comprise « à sens unique ». C’est là l’apport de ce travail que de souligner combien cette désoccidentalisation, dès le XIXe siècle, à l’heure des débuts d’une mondialisation encore balbutiante, « recouvre deux processus opposés ».
D’un côté, en dépit des rapports « asymétriques » induits par l’impérialisme (intellectuel) colonial, européen et nord-américain principalement, elle a signifié la diffusion des savoirs occidentaux au-delà des océans et des frontières – « dont l’appropriation au-delà de leur contexte d’émergence leur a permis de supplanter ou, en tout cas, de “déréguler” les savoirs autochtones ».
Quand éclate la Révolution noire à Port-au-Prince en 1791, celle-ci est…
Auteur: Olivier Doubre

