Au printemps dernier paraissait Destins critiques de Walter Benjamin, coordonné par le groupe volodia et publié chez Abrüpt. L’ouvrage se compose d’un avant-propos du groupe volodia, de la version française de l’exposé « Paris, capitale du XIXe siècle » (1939) et d’une somme d’interventions textuelles ou graphiques. En voici la préface.
Le capitalisme fut un phénomène naturel par lequel un sommeil nouveau, plein de rêves, s’abattit sur l’Europe, accompagné d’une réactivation des forces mythiques.
Walter Benjamin
Paris, 1939. Exilé depuis maintenant six années, Walter Benjamin se consacre, plus ou moins assidûment — les circonstances bien connues et quelques travaux alimentaires l’en détournent trop souvent —, à un projet d’ouvrage majoritairement composé de citations et de notes, et dont on ne saurait dire, comme avec le Pétrole de Pier Paolo Pasolini, si l’inachèvement en est une caractéristique essentielle ou seulement la conséquence d’une mort précoce. La comparaison avec l’ouvrage également posthume du poète italien n’est pas fortuite : il s’agit, dans un cas comme dans l’autre, en suivant une méthode originale, empirique et hérétique, de saisir le capitalisme en tant que dynamique totalitaire, tout à la fois économique, politique et culturelle. Mais tandis que Pasolini cherche à composer une image du nouveau capitalisme mondialisé d’après guerre, Benjamin prend pour unique objet Paris sous le Second Empire.
De ce Paris des communards et du baron Haussmann, il y a le mythe, ressassé jusqu’à l’épuisement, d’un foyer des esprits éclairés et de la bohème joyeuse — et la vérité historique : un centre culturel et marchand de la bourgeoisie industrielle émergente, un laboratoire des politiques urbaines et de la division capitaliste de l’espace, un bûcher des révolutions.
Le capitalisme, en tant que système-monde, ne saurait se déployer de façon…
Auteur: dev

